jeudi 10 mars 2016

Nouvelle Nature

signalisation imaginaire, La calle Adonde llega? Bosque de Chapultepec, Mexico, 1983

J’écrivais en mai 1984 à propos de cette «nature sociologique et numérique», revenant de Mexico vers Paris :
« Attaché à une case numérotée d’un Boeing 747 qui vient de décoller du milieu d’une ville de dix-sept millions d’habitants du tiers-monde et qui fonce vers les pays riches, j’ai les yeux fixés sur les signaux. Sur l’électron terrestre d’un système solaire infiniment petit, à la périphérie d’une galaxie mortelle parmi des milliards d’autres, dans un cosmos indéfini, je ne suis qu’un individu anonyme dans une masse sociale qui pulse confusément. Il n’y a plus ni centre ni sens. Avec l’avènement de l’idéologie dominante de classe moyenne, l’image du monde, sa structure, son système de valeurs, son esthétique, ses codes stylistiques ont changé de même que la conscience de mon rapport individuel à l’ensemble social. L’ancienne domination de la nature sur la culture semble s’inverser désormais dans le nouvel équilibre écotechnologique, en faveur de la logique sociale. Plus que jamais, notre rapport à la nature devient sociologique, générant l’invention de la mythanalyse, qui identifie la gestation mythique de «l’origine du monde» avec le processus de la socialisation, de la naissance à la mort de chaque individu.

Il faut dénoncer la Grande Époque Kitsch du post-modernisme, dont la « transavantgarde» réactionnaire instituée par la nouvelle classe moyenne me rappelle le néoclassicisme rétrograde de la nouvelle bourgeoisie installée au pouvoir après 1789, ou l’instauration du réalisme socialiste contre l’art expérimental après la révolution soviétique. La conscience sociologique permet de résister au kitsch de la classe moyenne, comme nous avons démystifié l’avantgardisme de l’idéologie bourgeoise précédente. Ce n’est qu’un confort mou. Surchargé de symboles stylistiques du pouvoir nouveau-riche, sans conscience des enjeux fondamentaux des nouvelles technologies qui changent le monde. L’esthétique réelle de notre techno-nature contemporaine se simplifie en un système de pictogrammes et de couleurs primaires, dont témoignent déjà la signalétique urbaine, la bande dessinée et l’image électronique, nouvelles icônes de notre civilisation urbaine. Autrefois spatialiste (Éternité, perspective, profondeur, Histoire), l’esthétique contemporaine s’inscrit aujourd’hui sous le signe du temps éphémère, dont les scintillements cathodiques nous invitent à la jouissance et à la consommation immédiate dans un monde fasciné par la mort. L’esthétique de l’espace s’efface dans l’accélération du temps, du changement et donc de la simplification graphique et chromatique de la nouvelle techno-nature. L’esthétique contemporaine est devenue signalétique et brutaliste. Elle s’inscrit dans la consommation collective qu’exige la classe moyenne, dans la communication événementielle et urbaine, mais pour l’interroger sur ses défis contemporains, qui ne sont certainement plus les Beaux-Arts, mais la créativité des nouvelles technologies électroniques et de la science, dans un cosmos sociologisé.» (in L’Art vivant, mai 1984).

Je ne changerais aujourd’hui que quelques mots de ce constat, évoquant notamment l’idéologie de masse, plutôt que de classe moyenne. Mais le bouleversement s’est confirmé totalement. La nouvelle nature est devenue sociologique et numérique. C’est cela qui constitue la clé de la compréhension de notre époque en ce début de 2e millénaire. Mais je ne parle pas ici de la sociologie commerciale des sondages d’opinion et des comportements de consommateurs. Je ne parle pas de cette sociologie de marketing qui s’est imposée aujord’hui et a relégué dans les oubliettes la sociologie des fondateurs, Durkheim, Mauss, Weber, Aron, ou Foucault. Ce n’est pas que cette sociologie ait perdu sa raison d’être, bien au contraire : dans les bouleversements sociaux que nous vivons, nous en avons besoin plus que jamais pour comprendre où et quand nous sommes. Mais les contrats de marketing ont acheté les esprits et la sociologie s’est délitée dans les sondages immédiats sur les consommateurs et les électeurs : ce qui rapporte de l’argent et du pouvoir. 

dimanche 28 février 2016

NUAGES

fragments de sens

regarder, ressentir, exprimer

http://fragmentsdesens.com/2015/11/





Mois: novembre 2015

La tête dans les nuages / #2


Nuages Hervé Fischer (né en 1941), artiste et écrivain, Paris, Centre Pompidou - Musée national d'art moderne

Nuages, Hervé Fischer (né en 1941), artiste et écrivain,
Paris, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne.

À de rares exceptions près, il faudra attendre la Renaissance avant d’avoir 
une représentation figurée systématique des nuages dans la peinture occidentale. 
Les nuages ont leur versant chrétien et leur versant antique. Loin d’être des objets 
de représentation […](*)
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(*) Ce panneau de signalisation vient d'une intervention d'art sociologique à Lyon 
en 1983, avec 50 panneaux de signalisation et une trentaine d'affiches dont les 
panneaux de papier étaient collés dans le désordre. 








jeudi 25 février 2016

Gérard Fromanger au Centre Pompidou



Gérard Fromanger a exploré systématiquement cette idée, depuis mai 1968 : «sous les pavés, non pas la plage, mais les couleurs». Il colore la vie urbaine quotidienne et ses passants comme on colorait les temples et les statues dans la Grèce antique, mais en aplats saturés juxtaposés, comme une surimage qui recouvre partiellement l'ancienne en couleurs grises, ou en camaïeu bleu froid, sans parvenir à s'y substituer.  Son tableau de 1975 intitulé « Florence, rue d’Orchampt », dans la série « Splendeurs I », constitue une sorte de manifeste de cette célébration de l’imaginaire et de la liberté que symbolisent les couleurs surgissant de la grisaille ordinaire ou en superposition du regard ordinaire conditionné et soumis que nous en avons. «Dans ce tableau, le personnage demeure en noir et blanc comme les murs qui l’entourent, et c’est la chaussée qui s’illumine. Sous les pavés, non pas la plage, mais la couleur. » (Catalogue de l’exposition Gérard Fromanger, Centre Pompidou, février 2016). Cette chromatisation de l’image de la vie sociale, en couleurs qui apparaissent multicolores en juxtaposition foisonnante et désorganisée,  c’est donc la révolte qui anime Fromager contre l’ordre établi, une sorte de rage situationniste où le rouge révolutionnaire se répand, coulant de tous les drapeaux nationaux sur les scènes de la vie ordinaire qui demeure presque toujours présente et qui tend même souvent à imposer aux couleurs vives une sourdine réductrice. Il y a dans ces peintures une tension, une lutte dialectique entre la grisaille et l’explosion chromatique, qui exprime cet engagement politique contestataire, souffrant, de Fromanger contre l’aliénation politique et capitaliste que subissent ses contemporains. Une rage sourde qui transparaît constamment de sa palette. Ses compositions demeurent donc fractionnées, cloisonnées, prises dans entrelacement de structures linéaires embrouillées qui bloquent la dynamique révolutionnaire comme un filet policier.Il y a beaucoup de douleur contenue dans les œuvres de Fromanger. Du point de vue sociologique, nous sommes en présence d’une démarche de transition entre l’ancien et le nouveau monde, dont la dynamique demeure triste malgré sa puissance chromatique provocatrice. Mai 68 n'a été qu'une tentative inachevée. Cette colorisation du monde n’est encore qu’un prélude au fauvisme digital euphorisant qui envahira bientôt notre société de consommation dans une gamme de couleurs crème glacée. 

dimanche 14 février 2016

Algorithme plastique

Tweet philosophie : je suis un algorithme, 2016


Quick Response : scan it!
I am an algorithm.
Soy un algoritmo.
Ich bin ein Algorithmus.
Sou um algoritmo.
Sono um algoritmo.
Ik been een algoritme.
Jestem algorytm.
Я  алгоритм.

vendredi 5 février 2016

mercredi 3 février 2016

Le damier Quick Response

Tweet Art: Jouer sa liberté sur le damier Quick Response