mardi 19 juin 2018

Barthélémy Toguo Strange Fruit ou Allégorie du Blood on the root

Résonnances Africaines d’un cahier, retour au pays de la Ségrégation dans le sud des Etats Unis

Vue d’exposition
Six mois après sa nomination au prix Marcel Duchamp, Barthélémy Toguo présenta du 12 octobre au 25 novembre 2017 un ensemble d’œuvres réalisé pendant l’été 2017 à la galerie Lelong de la rue de Téhéran à Paris. Strange Fruit est l’évocation d’une chanson rendue célèbre par Billy Holiday : « Southem trees bear strange fruit Blood on the leaves and blood on the root Black bodies swinging in the southem breeze Strange fruit hanging from poplar trees. »
« Les arbres du sud portent un fruit étrange Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines Des corps noirs qui se balancent dans la brise du sud Un fruit étrange suspendu aux peupliers »

Voir en ligne : https://www.barthelemytoguo.com/
Une face rouge. Une face noire. Musique. Southem trees bear strange fruit. Mélodie silencieuse dans laquelle on entend des cris. L’installation de Barthélémy Toguo n’a pas de bande son. Délectation. Quand la chaleur se tait, écrasante, faisons silence par respect à ces hommes, femmes et enfants noirs dont le destin a été de se lever un noir matin et d’avoir été tués parce qu’ils portaient la couleur de l’obscurité blanche. Black bodies.
Le sang qui coule dans nos veines est rouge, comme la face B du vinyl de Billie Holiday, pendue aux arbres, branchages reconstitués par l’artiste qui n’a de cesse de dénoncer la prolifération des violences racistes à travers le monde. Des corbeaux de laiton sont perchés sur les branches. Or. Charognes. Les fruits de ces arbres morts sont des dessins. Cordes de pendus. Who is the true Terrorist ? Ce dessin de Barthélémy Toguo date de 2010. Main fermée, poing levé, ensanglanté. Cette encre sur papier nous rappelle que l’engagement de Barthélémy Toguo ne date pas d’aujourd’hui. Black bodies swinging in the southem breeze. Strange fruit hanging from poplar trees.
Notre ventre est écartelé par la souffrance, déchiqueté par la violence de ces crimes commis par les états ségrégationnistes du sud des Etats-Unis d’Amérique. Corps noirs lynchés. Anonymes à l’encre rouge dessinés. Et la mélodie de cette chanson interprétée par Billy Holiday semble resonner dans l’espace, accompagnée par les chants des esclaves de cotons. Percutions de l’Afrique ancestrale. Le rossignol s’est tu. Le sang rouge des hommes coule sur notre front. Le regard cherche une échappée. Fruit. Trees in the southem breeze. Poplar trees.
Le buste d’Ida B Wells, journaliste afro-américaine est au cœur de l’installation. Laiton. Couleur Or. Son combat : la lutte contre la ségrégation et le lynchage. Méconnue en Europe, née en 1862, morte en 1931, son livre Les horreurs du Sud n’a été traduit et édité à Genève qu’en 2016.
Quelles sont les armes des meurtriers ? Revolvers. Chaise électrique. Chiens aux crocs acérés à la langue pendante. Où sont les maîtres ? Au nom de quoi ont-ils commis ces crimes ? Et cette question posée par l’artiste lui-même : Who is the true Terrorist ? revient lancinante comme un nouveau refrain à la chanson de Strange Fruit. Et nous restons figés, pétris d’effroi face à cette beauté qui jaillit de l’inéfable, de l’insupportable tragédie. L’exposition de Barthélémy Toguo est une allégorie qui ne nous laisse indemne. Rien n’est inéluctable dans une tragédie.

++INFO++
Strange Fruit de Barthélémy Toguo Galerie Lelong 13 rue de Téhéran 75008 Paris du 12 octobre au 25 novembre 2017

lundi 11 juin 2018

collection du Museo Nacional de Artes Visuales de Montevideo, Uruguay




Nº de Inventario4822
TítuloLe temps qu'il fait
AutorHervé Fischer (1941)
TécnicaAcrílico
SoporteTela
Medidas102 x 120 cm
Realizado2004
Ubicación: Museo Nacional de Artes Visuales
ExhibiciónNo









TítuloLe temps qu'il fera 
AutorHervé Fischer (1941) 
TécnicaAcrílico 
SoporteTela 
Medidas102 x 120 cm 
Realizado2004 
ExhibiciónNo[+]

dimanche 10 juin 2018

Mon rite initiatique de l'art sociologique


La déchirure ds oeuvre d'art, Centre Pompidou, exposition rétrospective, 2017.

Lorsque j'ai décidé en 1970 de déchirer mes propres peintures, ce que j'ai appelé "la déchirure des oeuvres d'art", puis que j'y ai invité mes contemporains, j'ai reçu quelques 350 oeuvres déchirées ou à déchirer. 



L'hygiène de l'art, performance de l'artiste, toiles essuie-mains et toiles libres avec empreintes de mains

Simultanément, j'ai insisté sur cette table rase avec ce que j'ai aussi nommé "l'hygiène de l'art".
Jamais je n'avais entendu parler de "l'hygiène de la vision" dont Pierre Restany m'a entretenu après à propos de Martial Raysse.
Il s'agissait pour moi, d'un rituel de mort et destruction du monde de l'art ordinaire que je connaissais et auquel j'avais participé avec des oeuvres et des expositions, afin de m'en nettoyer l'esprit et de me rendre disponible pour un nouveau rapport à l'art et au monde qui a été ce que j'ai appelé "l'art sociologique". C'était une pédagogie personnelle, que j'ai partagée dans ce que j'ai appelé des "travaux socio-pédagogiques" et en invitant les autres artistes à me rejoindre dans ce rituel purificatoire de la déchirure des oeuvres d'art.
Ce fut une démarche instinctive. 
C'est longtemps après que j'ai pris conscience qu'elle était comparable à beaucoup d'autres rituels de mort, destruction, putréfaction et renaissance qu'ont institués diverses religions et sociétés  initiatiques, y compris la franc-maçonnerie.
Je n'ai jamais pensé à être franc-maçon, même si je pourrais en partager profondément les valeurs humanistes déclarées, totalement dissuadé d'une telle démarche par les rituels symboliques naïfs et les abus de solidarité entre "frères" requis, qui ne sont pas compatibles avec mon style de vie. Je tiens beaucoup trop à ma liberté individuelle de pensée et de comportement pour cela. Et je n'en ai pas besoin pour suivre mon chemin et mes engagements hyperhumanistes.

jeudi 22 février 2018

LA TOUR DE BABEL DES BEAUX-ARTS NUMÉRIQUES

Texte publié dans les actes du colloque international Le papier, territoire artistique du métissage à l'ère du numérique, Université du Québec à Trois-Rivières, Unité de recherche en arts visuels - URAV en octobre 2014.



LA TOUR DE BABEL DES BEAUX-ARTS NUMÉRIQUES
Hervé Fischer

Résumé
            Après une prise de pouvoir des artistes numériques condamnant avec superbe l’obsolescence des arts traditionnels (papier, peinture, sculpture), et, en retour de cet anathème, le rejet des arts numériques par les artistes des beaux-arts, le moment est venu de dénoncer une telle rupture. Il n’y a pas de progrès en art. Pour autant, la légitimité des beaux-arts ne dépend pas des médias utilisés, mais de l’actualité des thèmes abordés par rapport au monde numérique actuel, qui nous impose une révolution anthropologique. Avec le numérique émerge une nouvelle Tour de Babel des arts, qui reconnaît la diversité des cultures, même et surtout les plus périphériques, qui tissent les hyperliens nouveaux d’un dialogue interculturel tous azimuts. S’impose donc aujourd’hui une hybridité des cultures et des médias artistiques. C’est ce que démontre l’événement « Le papier, territoire artistique du métissage à l’ère du numérique ».


Introduction
            Attentif aux innovations technologiques, et convaincu de leur importance pour l'avenir, j’ai créé en 1985 avec Ginette Major la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal.  Comment évaluons-nous aujourd'hui, vingt ou vingt-cinq ans plus tard, ce que nous avions appelé les Images du futur lorsque nous organisions les expositions annuelles de la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal? Nous avons aimé toutes les œuvres que nous avons présentées. C'étaient des œuvres de pionniers. Ces artistes avaient le mérite d’inventer un art que nous pensions nouveau et je n'en critiquerai pas un seul. Nous découvrions une sensibilité inédite au numérique, une créativité de pionnier inlassable. Puis, en 1992, j’ai lancé le MIM - le Marché international du multimédia-, qui a réuni annuellement des centaines d'entreprises de nombreux pays, des institutions et des artistes jusqu'en 2000, incluant le Sommet de la Francophonie numérique de 1997. En 1995, nous avons ouvert le premier Café électronique au Canada, qui a vu défiler toute l'actualité numérique québécoise, canadienne et souvent internationale jusqu'en 2002. C'était le lieu de rendez-vous des artistes, étudiants, journalistes et entrepreneurs en technologies numériques. Nous y avons organisé d'incessants lancements de nouveaux produits, accueilli des premiers ministres et d'innombrables délégations et équipes de télévision étrangères. Radio-Canada y a tourné une émission pendant trois ans. En 1997, j'ai fondé la Fédération internationale des associations de multimédia, qui organise en­core aujourd'hui de nombreuses activités, notamment avec les agences des Nations unies, et des Sommets mondiaux de l'internet et du multimédia (Montréal, Abu Dhabi, Montreux, Beijing, Shenyang, Fouzo, Chongqing, Shenzhen). Cela m'a valu dans les journaux le sobriquet de « père du multimédia québécois ». En 2000, j'ai été élu à la Chaire Daniel Langlois de l'Université Concordia et y ai conçu le projet de médialab québécois Hexagram.
            En 2007, j'ai fondé à l'UQAM l'Observatoire international du numérique. Après avoir ainsi mené avec ardeur la bataille en faveur des arts numériques depuis maintenant trente ans, souvent à mes dépens, tant les institutions artistiques officielles y opposaient de réticence dans les années 1980, je crois avoir acquis quelque légitimité pour en parler et même pour en proposer une analyse critique. Je reprendrai ici des analyses que j’ai abordées dans L’avenir de l’art (Fischer, 2010).
Les beaux-arts numériques
            Après une prise de pouvoir sur la place publique par les artistes numériques au tournant du millénaire, qui condamnaient avec superbe l’obsolescence prétendue des arts traditionnels (papier, peinture, sculpture), et, en retour de cet anathème, évoquant le rejet des arts numériques par les artistes des beaux-arts, le moment est venu de dénoncer le faux-semblant d’une telle rupture. Car les arts numériques sont des héritiers directs des beaux-arts et ne constituent qu’un genre nouveau comme l’a été l’art vidéo.  Le concept de « beaux-arts numériques » que j’ai proposé reconnaît cette hybridité des médias et cette continuité de la création artistique. Il n’y a pas de progrès en art, ni de média dépassé, ni de nouveaux médias incontournables qui puissent prétendre prendre la place de tous les précédents. Pour autant, la légitimité des beaux-arts ne dépend pas des médias utilisés, mais de l’actualité des thèmes abordés et de leur capacité à se situer par rapport au monde actuel, qui est devenu numérique et nous impose donc une révolution anthropologique fascinante pour les artistes.
            Il est vrai que les arts numériques tendent aujourd'hui à occuper tout le terrain, aussi bien celui de l'image que des installations, de la musique, du théâtre et du cinéma. Ils proposent en outre au public une participation interactive, ludique, qui suscite le même attrait magique que les spectacles de prestidigitation.
            Au-delà des retrouvailles arts/société sous le signe des nouveaux médias, je rêve aujourd'hui aussi d'une autre réconciliation, celle des beaux-arts et des arts numériques, même si cette posture est encore intenable publiquement. Au premier abord, il faut bien l'admettre, leurs différences paraissent irréconciliables. Voici quelques-uns des irritants les plus marquants:
-          La création traditionnelle semble s'en tenir à une esthétique spatialiste et frontale des arts visuels, tandis que les arts numériques explorent une esthétique événementielle, multimédia et participative, éventuellement immersive.
-          Du point de vue esthétique, nous n'avons pas encore élaboré un nouveau système de concepts qui permette de caractériser et d'évaluer les œuvres multimédias, ce qui ne favorise pas l'émergence de critiques professionnels des arts numériques.
-          Les arts numériques sont d'une nature physique radicalement différente de celle des beaux-arts, tant par leurs supports que par leurs modalités d'expression. Ainsi, ils ne sauraient remplacer la sculpture avec des animations 3D, même interactives. Ils proposent autre chose.
-          Beaucoup d'artistes du numérique ont le sentiment que la peinture et la sculpture sont des langages épuisés, impuissants à évoquer le monde actuel, qu'ils explorent au contraire, eux, en pionniers audacieux.
-          Les beaux-arts étaient individualistes et légitimés par une signature fétiche, alors que les arts numériques sont des créations collectives et pluridisciplinaires.
-          Les arts numériques ne créent plus d'objet unique, mais élaborent des processus, des dispositifs immatériels et reproductibles sans distinction d'authenticité; ils sont donc difficilement achetables par les collectionneurs.
-          Liés à des technologies complexes, éphémères et fragiles, les arts numériques ne sont pas facilement admis dans les musées, qui n'ont pas les ressources, ni financières, ni humaines, pour les exposer, pour en faire la maintenance régulière, et encore moins pour les conserver. Liés aux technologies sophistiquées les plus récentes et en constante évolution, les arts numériques ne peuvent pas être constamment actualisés du point de vue des équipements électroniques et des langages informatiques qu'ils utilisent.
-          Paradoxalement, ils vieillissent mal, et beaucoup plus vite que les arts traditionnels.
-          Les arts numériques ne bénéficient ni du financement ni de la diffusion du marché de l'art, ils sont dépendants de la commande publique ou institutionnelle. Une situation qui a ses vertus, mais aussi ses limites idéologiques, esthétiques et financières.
-          La création des arts numériques est liée le plus souvent à la possibilité de leur diffusion. Les galeries d'art et les musées boudant cet art dématérialisé, dont la conservation est quasiment impossible, les arts numériques se tournent vers les festivals et les nouvelles formes de spectacle, s'éloignant ainsi de la tradition des arts visuels. Ils semblent donc orphelins et optent pour les industries culturelles qui peuvent les financer et leur offrir un public.
-          Les arts numériques sont coûteux et liés aux industries informatiques, ce qui en détourne beaucoup d'artistes pauvres, individualistes ou asociaux, en dépit de leur talent.
-          La commande publique ou institutionnelle a tendance à faire dévier les arts numériques vers des modes de communication plus ludique. Ils comptent plus pour leur succès sur la séduction que sur l'exigence et l'effort du public. Ils rejoignent la culture commerciale.
-          Les arts numériques à contenu critique deviennent de ce fait improbables. Ils ont peu d'affinité avec la contre-culture et tendent plutôt à se rapprocher des arts grand public et de divertissement.
-          Les technologies sont soumises à une exigence incessante de progrès, une valeur qui n'a pas de sens en art. Ce n'est pas la puissance de l'ordinateur qui produit la valeur artistique, bien au contraire le plus souvent! Nous rencontrons donc une sérieuse difficulté en liant la création artistique actuelle au progrès constant des ordinateurs et des logiciels.
Le primitivisme des arts numériques
            Paradoxalement, les arts numériques semblent renouer avec la tradition orale collective, rituelle, éphémère et multisensorielle des arts primitifs, après cinq siècles de réduction de notre civilisation occidentale à une dominante visuelle et spatiale. En parlant de primitivisme, j'entends souligner que les arts numériques réactivent des comportements et des valeurs qui font penser à celles des sociétés tribales. Évoquant d'ailleurs souvent par leurs icônes les masques et les pictogrammes des arts primitifs, ils exploitent la fonction magique archaïque de l'art, ce qui séduit évidemment le grand public.
            Les œuvres médiati­ques se doivent d'être dématérialisées, de dissimuler leurs outils informatiques derrière l'écran ou dans l'obscurité et de n'exposer que des espaces virtuels lumineux. On devrait oublier que Brancusi attachait autant d'importance au socle qu'à la sculpture, que Vostell traitait sculptu­ralement le téléviseur qu'il incluait dans son installation. Il serait même devenu désuet de recourir à des démarches hybrides, telles celles de Nam June Paik ou de Georges Dyens, les sculptures, les installations vidéo et les holosculptures qui s'attachent à lier esthétiquement les deux apparitions, matérielle et virtuelle, concourant à la constitution de l'œuvre. Que signifie donc l'attitude des arts numériques dans cette opposition vindicative qu'ils revendiquent entre matérialité et virtualité? Ce point de vue est d'autant plus étonnant qu'une peinture peut éventuellement éveiller beaucoup plus de spiritualité qu'une immersion dans un monde virtuel, même en trois dimensions et interactif. Du point de vue mythanalytique, il est clair que ce fantasme invoque une opposition de valeurs entre la matière et la lumière, entre le monde d'ici-bas et l'ailleurs immatériel doté d'une prétendue supériorité mentale évocatrice d'une transcendance. Ainsi se poursuit sous le signe du numérique le vieux débat entre le profane et le sacré, le monde d'ici­-bas et le divin. Voilà qui illustre la première des lois paradoxales du numérique que j'ai formulées dans Le choc du numérique: « La régression de la psyché est inversement proportionnelle au progrès de la puissance technologique. Le numérique est un psychotrope technologique » (Fischer, 2001). Plusieurs artistes en ont fait le thème de leur création, telle Diana Domingues, au Brésil, qui crée des installations évoquant la magie afro-indienne primitive (SNAKES et Terrarium). Immersion dans des grottes virtuelles (Caves), évocation, invocation, contrôle à distance, apparitions, métamorphoses, mor­phings, effets spéciaux sans effort: les algorithmes semblent avoir une puissance magique et les interfaces, les consoles de jeu, les écrans tactiles, les capteurs de mouvement, vouloir réveiller des forces mystérieuses.
            Pourquoi alors, devrions-nous rejeter la peinture, le dessin sur papier, alors que l’avenir de l’art se situe dans l’hybridation multimédia. Les oukases du « zéro papier » ou du « tout numérique » sont déjà passées date. Elles n’ont aucun intérêt en art.
            Ce que nous redécouvrons, en abordant les arts numériques, c’est que la peinture déjà était multisensorielle, et en ce sens plus intense que le multimédia technologique, toujours limité. La peinture sait exprimer le mouvement, la vitesse, les sons, et même les odeurs. Elle est mentalement, psychiquement plus interactive que les effets d’une console préprogrammée. Marcel Duchamp disait même que « c’est le regardeur qui fait le tableau ».
La nouvelle Tour de Babel des arts
            Cependant, le numérique a ses vertus propres. Avec lui émerge aussi une nouvelle Tour de Babel des arts, qui reconnaît la diversité des cultures, même et surtout les plus périphériques et en assure la promotion dans un marché de l’art désormais mondialisé. La centralité métropolitaine des centres de l’art contemporain et de son marché s’évanouit progressivement. Les grands musées encore dominants exposent désormais des artistes périphériques, venus de l’Afrique, de l’Inde, du Moyen-Orient, de l’Amérique du Sud, l’art des cultures indigènes. S’impose donc aujourd’hui une hybridité non seulement des médias numériques, mais aussi des cultures qui tissent les hyperliens nouveaux d’un dialogue interculturel tous azimuts, que reconnaissent et même privilégient les anciennes métropoles du marché et les grandes institutions artistiques. Ce mixage a le mérite d’une égalité au moins symbolique enfin conquise entre les cultures. Le multisensoriel n’est pas nécessairement numérique et la dynamique du métissage culturel se joue de plus en plus dans les périphéries de la mondialisation. Voilà aussi ce que démontre cette exposition à l’Université de Trois-Rivières qui réunit des œuvres de papier mais aussi d’écrans et des démarches interindividuelles d’artistes d’Amérique latine et du Québec. Une exposition pionnière qu’il faut saluer et qui va prendre valeur emblématique.

Références
Fischer, Hervé. (2010). L’avenir de l’art, Montréal, VLB éditeur.
Fischer, Hervé. (2001). Le choc du numérique, Montréal, VLB éditeur.


                                                                       tweet art, 2011



dimanche 4 février 2018

ART & COMMUNICATION MARGINALE 2


Après avoir publié ART & COMMUNICATION MARGINALE chez Balland, à Paris en 1974, j'ai reçu de mon ami John Armleder, du Groupe Écart à Genève l'invitation à exposer le matériel de ce livre: De nombreux tampons d'artistes du monde entier, dans la foulée de fluxus et du Correspondance Art de Ray Johnson.
Puis, comme je recevais, suite à la publication de ce livre, à nouveau de nombreux envois d'artistes, de même que le groupe Écart, John a décidé de publier un supplément à mon livre, qui a pris de plus en plus de volume et qui est devenu un deuxième livre de 300 pages grâce au travail d'impression de Patrick Lucchini, lui-même membre actif du groupe Écart.
Le livre semblait ne jamais devoir être terminé car les envois se poursuivaient. En 1976, John a décidé de clore l'aventure. Mais le livre imprimé ne fût jamais relié et donc jamais distribué. J'ai appris récemment que les piles de pages imprimées non coupées avaient été gardées et attendaient un jour faste, qui n'est pas encore arrivé. Nous sommes en 2018, donc 42 ans après, ce livre attend toujours de voir le jour dans une salle d'archives à Genève, si l'écho que j'en ai eu récemment est correct. Donc rien n'est perdu!
Et ce n'est pas grave! Il s'agit toujours de communication marginale et le destin du livre est manifestement lié à son titre (et thème).
Cependant, au cours de mon déménagement en 2017, je suis retombé au hasard du rangement de mes archives sur le classeur bleu où j'avais rangé en 1976 les feuilles du livre, que Patrick Lucchini avait massicotées pour moi, en attendant la reliure du livre.
Comme la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou a accueilli en 2016 dans le Fonds qui porte mon nom, la totalité de mes archives d'art et communication marginale, je vais remettre ce volume 2 de ART & COMMUNICATION MARGINALE à la BK en ce mois de février.
En attendant que le livre soit sans doute un jour relié et publié, c'est le seul exemplaire qui sera donc disponible pour consultation des intéressés, artistes et historiens d'art.
Bonne lecture. Ce recueil constitue un témoignage international passionnant sur les réseaux d'artistes avant le développement des l'internet.
Ci-dessous, une page parmi d'autres:


mardi 9 janvier 2018

Juliane Debeusscher: sociological and contextual art





BLOG HOME > ENCOUNTERS 1 - ART’S CONTEXT AND SOCIAL
REALITY: HERVÉ FISCHER AND JAN ŚWIDZIŃSKI
ARTMargins Online Blog
Encounters 1 - Art’s context and social reality: Hervé Fischer
and Jan Świdziński
Created on Tuesday, 03 October 2017 12:55          
Written by Juliane Debeusscher


The Centre Pompidou in Paris recently presented "Hervé Fischer and
Sociological Art", a retrospective exhibition synthesizing more than
four decades of activity of this artist, sociologist and researcher. Hervé
Fischer (1941) started to work in France in the early 1970s and moved
to Canada in the early 1980s. Both individually and as a member of the
Collectif d'Art Sociologique (Sociological Art Collective) which he
founded in 1974 with Fred Forest and Jean-Paul Thénot, Hervé Fischer
 carried on an artistic and theoretical practice that addressed art's
ideological meanings and functions in society.

From his first artistic project recognized as "sociological art"
(Hygiène de l'art, 1971) till the mid-1980s, Fischer's approach was
informed by a materialist conception of the role of artistic production
and its impact on a specific context. It also included an important
pedagogical dimension that led the artist to foster different types of
participation and interactions with an audience that was not necessarily
familiar with contemporary art.[1]




















Hervé Fischer et l'Art Sociologique, Centre Pompidou, Paris.
Exhibition view.

Public performances like Pharmacie Fischer (1974-1977) –
a traveling pharmacist's desk where pills for all sorts of pains and dreams
were prescribed by the artist – and Bureau of Imaginary Identity (1976-1981)
 – with the artist-bureaucrat filling an imaginary ID card for each person
willing to apply - reflected his will to intervene in what he referred to as
"the real world" and explore the social imaginary of specific places. Although
these performances took place in cities like Milan, Sao Paulo, Perpignan or
Calgary, they were not confined to urban centers but also traveled to smaller
towns and villages.

While Hervé Fischer's projects mostly relied on methodologies and tools
borrowed from the field of social sciences, such as surveys and fieldwork
research, they also entailed a poetic and utopian dimension, raising issues
like people's desires and aspirations and documenting their unpredictable
answers. Launched as a survey in a national newspaper, L'Oiseau-chat.
Roman-enquête sur l'identité québécoise (The bird-cat. Novel-survey about
Quebecoise identity) actually became a hybrid book collecting individual
narratives between reality and fiction of the self.[2]

While this sociological approach aimed at exploring the relation between art
and its social environment; it also voluntarily moved away from large-scale
frames like institutional structures and state cultural policies, focusing instead
on the experience of specific communities and milieus (neighborhoods, social
groups). This perspective reflected in a sense the "community-based" work and
research many activists and social workers, as well as engaged film and
documentary-makers, were carrying out at that time.

Like many artists of his generation eager to communicate across the cultural,
linguistic and geopolitical divides, Hervé Fischer received and exchanged
information with peers from different places and latitudes. His name and
address appeared in numerous artists' mailing lists that were an alternative to
institutional communication channels. The artist's personal archive, conserved
in part in the Kandinsky Library (Centre George Pompidou, Paris), reflects
these international connections: letters, invitations, leaflets and publications
from different interlocutors in North and Latin America, Western and Eastern
Europe.















Jan Świdziński at the Ecole Sociologique Internationale, Paris, 1977. Image
coutres of Hervé Fischer.

Among Fischer's contacts from Eastern Europe was Polish artist Jan Świdziński
(1923-2014), who was developing during those same years his theory and practice
based on the idea of contextual art.[3]

 Świdziński was the author of the manifesto "Art as Contextual Art" (1976),
published in Sweden in 1976, assembled with other programmatic texts in a
bilingual publication by the Remont Gallery (Warsaw) in 1977.[4]

It is not surprising that the two artists were in contact, as their reflections on
art as a social practice shared important points (and differed on others). Fischer
and Świdziński had in common a well-articulated theoretical reflection about art
and artists' role - presented by means of statements or manifestos –combined
with an artistic practice that truly engaged with specific territories and social
milieus. They also vigorously escaped the dominant rhetoric of conceptual art,
especially its Anglo-Saxon version centered on art's analysis through linguistics.
Fischer criticized it for its idealistic and tautological perspective, which concealed
 the existence of any external (meaning, ideological) conditioning.[5]

 According to Świdziński, "[c]ontextual artists oppose the whole tradition of
conceptual art, regarding it as an art which cannot be the answer to the
problems of modern civilization. They also oppose all modifications of
contemporary Modernism as being a stylistic version of art of the past." His
position was clear, situating contextual art out of the sphere of aesthetics:
"Contextual Art is a social practice. Theoretical generalizations do not interest
it. It is not concerned with the production of prepared objects for cultural
consumption. Contextual Art is a form of acting in reality, through the
following transformation of meanings: REALITY → INFORMATION → ART
→ NEW OPEN MEANINGS → REALITY as a pure sign, cleansed of stereotypes;
a sign which is filled by the present reality."[6] A position shared by Fischer and
the Collectif d'Art Sociologique who were opposed to attitudes conditioned by
academic knowledge and discourse: "the concrete reality of the experiments
carried out. Our aim is neither art nor sociology, but intervention in the social
field. Art and sociology are only the means."[7]

Beyond their own specificities and operating fields, contextual art and sociological
 art undoubtedly shared a universalist, inclusive dimension in which, for instance,
the distinction between centers and peripheries completely lost its relevance. While
on one hand these practices could not exist as autonomous aesthetic productions
and, as such, remained out of traditional art locations and white cubes, on the other
hand this same condition gave them a very broad field of action, since they could
inhabit any context or environment without restriction. Being defined by the reality
in which they operated, these practices were not limited to a capitalist or a
communist society, they escaped any attempt to identify them as typical. They
 applied atypical theoretical and methodological principles to act in specific
contexts. Differences and specificity lied in this relation and the responses it produced.







































Jan Świdziński, Sztuka jako sztuka kontekstual/Art as Contextual Art, Art
Text 3/77, Warsaw: Galerija Remont, 1977.


Świdziński's manifesto on contextual art and its twelve points were used as a
point of reference by a group of artists consisting of Świdziński himself, Roman
and Anna Kutera and Leszek Mrożek. In 1976, they collectively exhibited at
the Gallery St Petri in Lund (Sweden) under the title "Contextual art".[8] As
Świdziński recalled, they were particularly interested in realizing actions in rural
settings, arguing that these were the places where real "authentic collectivities"
still remained, as opposed to the cities where, according to him, the communist
 system had fostered impersonal groups of proletarians in order to serve the
objectives of socialist industry.[9] Artistic actions by Świdziński and his
colleagues in remote places like the Kurpie region (in the 1970s) or the small
village of Mielnik (1981) drew attention to the process of erasure of ancient
local identities and their replacement by a new imposed vision of the world,
"based on an ideology that did not take individuals' realities and interests into
account." These incursions into local contexts were not always successful, since
local communities could not react as expected. However, the possibility of failure
or inadequacy of artists' proposals for this context was an integral part of the action,
 as Świdziński observed: "Our successes and our failures reflected in one way or
 another, the context of the current reality."[10]

Hervé Fischer, Sinalização Imaginària, intervention in the public space, Sao
Paulo, 1981.

Were these failures also dictated by the sociopolitical conditions of living under
a Communist authoritarian regime? Actions themselves did not explicitly refer
to Poland's situation. In some cases however, they could be interpreted as a
political commentary and the authorities promptly reacted by censoring them,
as in the case of "Freedom and Limitations", Świdziński's solo exhibition in
Krakow, which was cancelled due to the proclamation of martial law on December
13th, 1981. The only remnants were posters announcing the exhibition in the streets, showing the artist's name and the words Freedom and limitations, a statement that
was enigmatic yet meaningful in such a tense context.

Also in 1981, Hervé Fischer carried out with a group of art students a project for
the Sao Paulo Biennial. Sinalização Imaginària (Imaginary Sign System), which consisted of a series of posters displayed in public space, juxtaposing names of
city districts with concepts (Liberdade, Realidade, Consolação), with arrows
indicatit
a – true or false? - direction. While the formal similarity of the two interventions
is striking, it should above all raise the issue of the "contextualized" reception and
the attributed meanings of this type of socially-oriented art. Did the display or manifestation of this abstract terminology have the same ambiguous and, eventually, politicized meaning in both contexts? Did it penetrate into people's reality in the
same way? Fischer had a position on this: "for me, in France, sociological art had
to remain interrogative, and not become a politically engaged art."[11] However,
the transposition of his practice to other contexts ineluctably transformed its
meanings and social impact, as the very nature of "sociological" or "contextual" art implied.

In 1975, Hervé Fischer participated in the collective exhibition "The forms of
artistic activity", organized by Galeria Współczesna in Warsaw. He returned to
Poland in 1977 with the whole Collectif d'Art Sociologique to participate in the international conference "Art Activity in the Context of Reality", organized by Świdziński at the Galeria Remont, also in Warsaw. As he retrospectively observed,
while sociological art was received with interest in socialist countries, "they did
not like the word 'sociological' because with Communist dictatorship, that was
enough: above all, people wanted freedom outside the social institution. So the
concept of sociological art didn't work in Central Europe. The Pole Jan Świdziński,
who stayed quite often at my place, spoke more readily of a 'contextual' art."[12]
The idea of a social, collective dimension was automatically associated with state ideology, provoking suspicion and rejection.

Poster of the exhibition “The forms of artistic activity” at Galeria Współczesna
in Warsaw, 1975. From Hervé Fischer's personal archive.


Exchange and dialogue were nevertheless maintained on a regular basis. In May
1977, Świdziński was invited to give a lecture at the École Sociologique
Interrogative (Interrogative Sociological School) in Paris, in the context of the
conference "Art et transformation sociale". Both artists also participated in the
conference on Contextual Art organized in Toronto by the Centre for Experimental
Art and Communication, in 1976. It is worth pointing out that Canada was an
important place for the two artists, where their work and writings circulated and
gained visibility through a multiplicity of channels. Hervé Fischer has actively contributed – and still is - to the country's art scene and its debates; until his death
in 2014, Świdziński was frequently invited to Canada to participate in events and
his writings were published under the form of articles and essays.

Despite their constant engagement with activities and debates relating to art and
society, both also recognized their marginality within the art world and market. The
term "marginal" here is not related to a geographical or geopolitical situation –
according a centre-periphery scheme which very often excludes a lot of degrees of
self-representation-, but rather to an art praxis that did not follow the law of market
and institutional recognition, and, perhaps most importantly, did not seek to go
against them or criticize them either. It was simply taking place in another space
of construction and reception. Curiously, and also quite ironically, this critical attitude
of sociologically and contextually-oriented art has been somehow forgotten or
neglected in subsequent readings, reducing their – also - experimental, non-object-
based practices in the 1970s to (post-)conceptual art, or a kind of "politicized conceptualism" which seems such an attractive concept nowadays.

Endnotes

[1] Hervé Fischer, "Signification de l'art sociologique", 1974, Hervé Fischer
Fund, Kandinsky Library, Centre Pompidou Paris. Reproduced in Sophie
Duplaix (ed.), Hervé Fischer et l'art sociologique, Paris: Manuela Editions, 2017, 60.
The exhibition Hervé Fischer et l'art sociologique/Hervé Fischer and Sociological
Art curated by Sophie Duplaix remained on display at the Centre Pompidou from
June 15th to September 11th, 2017. I thank Hervé Fischer for the information and
the images he accepted to provide for this post.

[2] Hervé Fischer, L'Oiseau-chat. Roman-enquête sur l'identité québécoise (The
bird-cat. Novel-survey about Quebecoise identity), Montreal: La Presse, 1981.

[3] On Świdziński, see Łukasz Ronduda, "Flexibility makes our existence possible:
the contextual art of Jan Świdziński", ArtMargins Online, 10 september 2008. http://www.artmargins.com/index.php/8-archive/88-flexibility-makes-our-existence-possible-the-contextual-art-of-jan-widziski ; Kazimierz Piotrowski, "Hommage à
Jan Świdziński", Sztuka i Dokumentacja, nr 8, 2013, 79-95.

[4] Jan Świdziński, Art as contextual art, Lund: Ed. Sellem Galerie S. Petri Archive
of Experimental Art, 1976. Jan Świdziński, Sztuka jako sztuka kontekstual / Art as contextual art, Art Text 3/77, Warsaw : Galerija Remont, 1977.

[5] Hervé Fischer, Théorie de l'Art Sociologique (1977), 15. Digital version: http://classiques.uqac.ca/contemporains/fischer_herve/theorie_art_sociologique/
theorie_art_sociologique.pdf

[6] Jan Świdziński, Sztuka jako sztuka kontekstual/ Art as contextual art, 7.

[7] Hervé Fischer, Théorie de l'Art Sociologique, 19.

[8] The artists exhibiting were Zbigniew Dłubak, Józef Robakowski, Ryszard
Waśko, Wojciech Bruszewski, Henryk Gajewski, Andrzej Jórczak, Anna
Kutera, Romuald Kutera, Lech Mrożek, Jan Świdziński. The exhibition
was organized with the help of the Union of Polish Art Photographers.

[9] Jan Świdziński, "La pratique contextuelle", Inter, n°93, 2006.

[10] Ibid.

[11] Sophie Duplaix (ed.), Hervé Fischer et l'art sociologique, 21.


[12] Ibid, 21.

lundi 8 janvier 2018

The world has turned into a mere money maker



ARTMARKET ``The whole world has turned into a mere moneymaker`` m'écrit Eduardo Vizer de Porto Allegre en réponse à mes voeux présentant mon reality maker - a banknotes counter machine - en hommage au ready made de Duchamp. Happy new year Eduardo!