A l’espace 24Beaubourg au 24, rue Beaubourg 75003 Paris /// Du 27 octobre au 13 Novembre 2021 /// La main à l’oeuvre - HERVE FISCHER /// Commissariat : Marie-Laure Desjardins

“J’ai choisi un geste anti avant-gardiste, un geste préhistorique, le geste démystificateur de toucher la toile car il n’y a pas de progrès en art : L’art traverse les cultures et il est toujours au niveau de la fabulation et de l’imaginaire. Dans la main préhistorique, il est clair que nous sommes dans la magie, c’était un geste de communication avec la divinité tellurique. La main est un élément de language avec l’au-delà ou avec la société et qui est extrêmement pérenne à travers les sociétés et les époques…” a-t-il expliqué dernièrement. Et d’ajouter ensuite ceci : “Dans le courant des années 2010, j’ai voulu reprendre la main, non plus comme un geste de commentaire sur l’Histoire de l’Art pour démystifier l’illusion de la peinture et de l’image mais dans une autre optique : la dénonciation de la violence sociale. Dans notre évolution anthropologique, nous avons remplacé, dans notre désir de puissance, le silex de la préhistoire par le téléphone numérique. J’ai représenté une main numérique avec un code barre icône de l’âge numérique et avec l’idée que la main va intégrer la puce numérique.” Avant de poursuivre ainsi : “Pendant 2000 ans, l’icône de la chrétienté a été le crucifix et la croix dans un monde géométrique. Dans le monde numérique actuel, il y a le code binaire remplaçant l’alphabet à 26 lettres et des icônes. Il s’agit là d’une image très référentielle emblématique. Dans mon utopie à moi, nous sommes actuellement agressés par deux fabulations nord-américaines, de la Silicone Valley et de l’Australie qui sont le post humanisme et le transhumanisme. Je dénonce ces deux fantasmes toxiques et cette fabulation de prophètes ingénieurs qui génèrent du mal comme des erreurs de pensées, des choses barbares qui sont au fond des démarches eugéniques racistes de pays riches et qui ne correspondent à aucune réalité sociale. Je leur oppose l’Hyper Humanisme. Pour moi l’Homme va et doit grandir grâce aux hyper liens dans une conscience augmentée, planétaire et en temps réel”. Dans un sentiment de responsabilité de chaque individu par rapport à la collectivité, ses oeuvres questionnent la conscience d’une éthique planétaire par le prisme des émotions liées au progrès humain. Elles révèlent des fabulations utopistes porteuses d’espoir en disant que tout ce qui fabulatoire est réel et tout ce qui est réel est fabulatoire. En effet, la démarche artistique de Hervé Fischer (Photo ci-dessus Crédit@LaurenceHonnorat) nous invite à choisir nos mythes et à éviter les hallucinations dans une peinture développant les idées et vice versa. Le regardeur, appréciera ici, au coeur de cette exposition incontournable, ces oeuvres saisissantes posant des questions philosophiques dans une philosophie vouée à être repensée en mesure de donner du sens à l’aventure humaine sous une forme d’“agora numérique” assumant les oppositions d’un art-philosophique. Il découvrira ce techno-humanisme qui consiste à prendre en charge une esthétique et une pratique interrogative au coeur une révolution anthropologique et d’une “hygiène de l’art” liées à une mutation et un changement radical. On aime tout particulièrement cette gestuelle qui nous oblige à croire en l’Homme, à la fois mythe et espoir. Chaque toile clame ici, au-de la de l’obsession de l’artiste, que la main a toujours été, qu’elle dit autant le plaisir, le bonheur, la faim en parlant de ce que nous sommes, de ce que nous redoutons et de ce que nous pouvons solidairement créer. L’artiste nous emmène dans une métaphore quantique, une prise de conscience des “fausses couleurs” et un vitalisme joyeux des couleurs ouvert sur un fauvisme digital dans un contexte de langage social intégrateur. Enfin, on entend, par delà la vigueur du geste, le caractère critique du travail pictural et le postulat anti fataliste cette question récurrente : Quelle humanité ? On navigue dans une progression libre de la pensée, allant de empreinte à la contre-empreinte via une affirmation d’existence individuelle de cet individu émergeant de la foule, marquant une divergence ou une volonté d’agir. Avec cette idée imprescriptible que nous naissons homo fabulator et que nous mourons homo fabulator !